Chère Diane…
8h02. Départ en train de Lille. Lecture d’un article de Maurizio Lazzarato sur une nouvelle de Kafka, qu’il faut absolument que je lise : Josephine la cantatrice ou le Peuple des souris (parution française indiquée par l’auteur : Flammarion, Paris, 1993). Sur le geste quotidien dans l’art et le statut de l’art(iste) dans le quotidien.
13h00. Arrivée à Mulhouse, rencontre avec Stéphanie Fischer, chargée de la communication numérique et assistante de communication, et Emilie George, chargée des publics, à la Kunsthalle de Mulhouse. Après avoir déposé mes bagages à l’appartement, nous partons pour Art Basel.
16h00. Vernissage de Art Basel Unlimited. N’ayant pas l’habitude d’aller à de si grandes foires, j’hallucine carrément. Je pense qu’il y a environ 6000 personnes. C’est la partie « Installations monumentales », l’ambiance n’est pas vraiment celle d’une foire, mais plutôt celle d’un musée d’art contemporain, sauf qu’il y a énormément de gens. Il y la queue devant certaines salles, je renonce notamment à aller voir James Turell pour cause de file d’attente d’une demi heure. Je vois des pièces très belles de Jonathan Monk, Soll Lewitt, Joseph Kosuth, McCarthy, Anish Kapoor, Wolfgang Tillmans, Dieter Roth, Gretchen Bender, John McCracken, Samson Young, Jim Hodges, Robert Grosvenor, et plein de gens que je ne connaissais pas avant. Une pièce me marque profondément : Davide Balula, Mimed Sculptures, 2016 : des performeurs miment des sculptures connues de l’histoire de l’art, de Robert Smithson et de Louise Bourgeois notamment. Je m’aperçois de la nervosité des jeunes personnes qui performant la pièce, les mains tremblent légèrement, ce qui rend la performance d’autant plus belle, d’autant plus problématique aussi.
Davide Balula sur galerie Frank Elbaz
J’essaie d’attraper un verre de champagne, j’attends environ 7 minutes au comptoir avant d’y arriver, pendant lesquels une quinzaine de bouteilles sont vidées. J’ose même pas imaginer le coût de la réception sur toute sa durée.
Everybody is speaking english, or schwitzer dütch oder deutsch, alles durcheinander, oder fransösisch avec eine accent allemand.
On 7 pm I’m attending the opening of Swiss Art Awards, with a lot of quite young artists, born between approx. 1980 and 1990. Seems different to french art, much more media-based, one notion haunts my mind : re-mediation (cf. Jay David Bolter & Richard Grusin, Remediation – Understanding New Media, Cambridge / London, MIT Press, 2000.) Passer d’un medium à un autre, jusqu’à complexifier à outrance le propos. Remédier à la remédiation. Touches pop et trash très présentes. Je trouve la France très sage et classique en comparaison.
19h30. Performance de Sophie Jung, artiste plasticienne et performeuse originaire du Luxembourg, vit et travaille entre Bâle et Londres, qui remporte un des prix ce soir. Sa performance est un savant mélange entre stand up comedy, poésie sonore et sitcom, plein de jeux de mots (dont la moitié m’échappe, la performance étant en anglais) qui activent l’installation plastique : une sorte d’autobiographie en objets collectés, narration énigmatique et populaire en même temps, sautillant par analogie et collage d’un élément un autre. Elle lit ses notes sur son smartphone, elle bugue à son rythme, ce que je trouve très juste comme forme.
sophiejung.allyou.net
Les vidéos ont une place difficile, les gens ne prennent pas le temps de se poser. Du coup je fais exprès de ne regarder que des vidéos à la fin et découvre des pépites, notamment Max Philipp Schmid, Paradies, sur la notion de jardin qui sert à expliquer notre rapport à la représentation, au double et à l’imitation.
Rencontre avec Bob Gramsma, je lui promets de lui envoyer la référence de l’artiste qui a exposé trois cailloux identiques à l’exposition Trouver le garçon au Mac/Val : le premier trouvé après avoir creusé pendant 7 minutes, le deuxième après avoir creusé pendant 7 heures, le dernier après avoir creusé pendant 7 jours : Antti Laitinen, Three Stones, 2004.
21h30. Je paie très cher un taxi pour ne pas rater le dernier train vers Mulhouse. En rentrant je découvre des dizaines de mails et de messages Facebook, des correspondances en marge des correspondances. Je suis complètement sonnée, mais heureuse de cette journey.